Jacques Ellul

 

« Je voudrais rappeler une thèse qui est bien ancienne, mais qui est toujours oubliée et qu’il faut rénover sans cesse, c’est que l’organisation industrielle, comme la « post-industrielle », comme la société technicienne ou informatisée, ne sont pas des systèmes destinés à produire ni des biens de consommation, ni du bien-être, ni une amélioration de la vie des gens, mais uniquement à produire du profit. Exclusivement.»
Le bluff technologique (1988), Jacques Ellul, éd. Hachette, coll. « Pluriel », 2004, p. 571

 

« S’intéresser à la protection de l’environnement et à l’écologie sans mettre en question le progrès technique, la société technicienne, la passion de l’efficacité, c’est engager une opération non seulement inutile, mais fondamentalement nocive.»

Plaidoyer contre la défense de l’environnement, La France catholique n° 1311, janvier 1972

 

« Pour que la propagande réussisse, il faut […] qu’elle soit une société individualiste et une société de masse. On a souvent l’habitude d’opposer ces deux caractères, en considérant que la société individualiste est celle où l’individu est affirmé comme une valeur au dessus des groupes […] alors que la société de masse est négatrice de l’individu […]. Mais cette position est idéologique. »
Propagandes (1962), Jacques Ellul, éd. Economica, coll. « classiques des sciences sociales », 1990, p. 107

 

« L’homme moderne, quel que soit le régime politique dans lequel il s’inscrit, est englobé dans l’économie. Il n’y est plus considéré qu’en tant que producteur – consommateur. Le socialisme comme le capitalisme l’asservissent à l’économie car ils ont récupéré dans leurs doctrines respectives tout ce qui, auparavant, relevait de la vie spirituelle. L’homme idéal est un homme hygiénique, vivant dans le confort et l’immédiateté au prix d’un travail qui l’absorbe et lui évite de se poser des questions morales ou métaphysiques. L’apologie du travail a atteint le stade d’une véritable mystique. Ainsi l’homme est-il devenu l’esclave de l’économie.»
Pour une économie à la taille de l’homme, L. Maire et alii, éd. Roulet (Genève), 1947, p. 44-45

 

« On a cru qu’apprendre à lire serait un progrès pour l’homme, on fête toujours comme une victoire le recul de l’analphabétisme, on juge sévèrement les pays où il y a une forte proportion d’analphabètes, on pense que la lecture est un moyen de liberté. Or cela est très contestable car l’important n’est pas de savoir lire mais de savoir ce qu’on lit, de raisonner sur ce qu’on lit, d’exercer un esprit critique sur la lecture. En dehors de cela, la lecture n’a aucun sens.»
Propagandes (1962), Jacques Ellul, éd. Economica, coll. « classiques des sciences sociales », 1990, p. 126

 

« L’homme n’est pas du tout passionné par la liberté, comme il le prétend. La liberté n’est pas un besoin inhérent à la personne. Beaucoup plus constants et profonds sont les besoins de sécurité, de conformité, d’adaptation, de bonheur, d’économie des efforts… et l’homme est prêt à sacrifier sa liberté pour satisfaire ces besoins. […] [Certes], il ne peut pas supporter une oppression directe. […] Être gouverné de façon autoritaire, être commandé, cela lui est intolérable non pas parce qu’il est un homme libre mais parce qu’il désire commander et exercer son autorité sur autrui. […] L’homme a bien plus peur de la liberté qu’il ne la désire.»
Éthique de la liberté (1973), Jacques Ellul, éd. Labor et Fides, 1973, p. 36

 

« Une des catastrophes de notre temps, c’est que tout le monde semble d’accord pour considérer l’État-nation comme la norme. Celui-ci a été plus fort que toutes les révolutions marxistes puisque toutes ont conservé la structure nationale et la direction d’un État. Toute volonté de sécession, comme celle de Makhno, a été noyée dans le sang.»
Anarchie et christianisme (1988), Ellul Jacques, éd. La table ronde, coll. « La petite vermillon », 1992, p. 157

 

« Le choix de la non puissance, et celui-là seul, nous situe dans une échelle de valeurs où la Technique n’a plus rien à faire. […] La non-puissance n’est pas l’impuissance. […] L’impuissance, c’est ne pas pouvoir à cause des circonstances de fait, à cause des limitations de notre nature, à cause de notre condition…. […] La non-puissance, c’est pouvoir et ne pas vouloir le faire. C’est choisir de ne pas faire. Choisir de ne pas exercer de domination, d’efficacité, choisir de ne pas se lancer dans la réussite.»
Théologie et technique. Pour une éthique de la non-puissance (compilation d’articles écrits à la fin des années 1970), Jacques Ellul, éd. Labor et Fides, 2014, p. 314-315