Le scénario Négawatt : sobriété, efficacité et énergies renouvelables

Cette rencontre enregistrée en janvier 2020 à la BPI rassemble Stéphane Signoret, ingénieur, journaliste scientifique et membre de la Compagnie des négaWatts, Frédéric Delhommeau, directeur habitat et rénovation Agence Parisienne du Climat et Aurélie Luneau, animatrice et productrice de l’émission « De cause à effets »  le magazine de l’environnement de France Culture.

Lancée en 2001, Negawatt est une association qui travaille en faveur d’une transition énergétique réaliste et soutenable pour la France. Elle propose une prospective énergétique au travers de scénario de transition énergétique (le dernier a été présenté en 2017), une mise en œuvre d’actions concrètes sur le terrain  et un accompagnement et formation des acteurs impliqués dans cette transition. Bras opérationnel de l’association, l’Institut négaWatt a un rôle d’incubateur de projets pour la transition énergétique : il expérimente les idées sur le terrain, les consolide, les améliore… Dorémi est le premier né de l’incubateur négaWatt. C’est aujourd’hui une entreprise de l’économie sociale et solidaire, axée sur la rénovation du bâtit.

Les points clés :

En France, le bâtiment représente plus de 40 % des consommations d’énergie. Près du tiers des consommations dans ce secteur est absorbé par le seul chauffage des logements construits avant 1975. La réduction des besoins d’énergie dans le parc bâti existant est donc un enjeu prioritaire. Dans ce scénario d’efficacité et de sobriété énergétique, le recours massif aux pompes à chaleur performantes et au bois énergie permet d’accroître fortement la part des énergies renouvelables en remplacement des énergies fossiles et nucléaire. La rénovation et la construction neuve reposent aussi sur l’utilisation de matériaux bio-sourcés qui permettent d’absorber et réduire les émissions de C02.

Pour l’aérien, ce scénario imagine de diviser par 2 le nombre de voyage par an, ce qui correspondrait à revenir au niveau des années 80, 90.

Pour le transport individuel il est imaginé une bascule du pétrole vers le gaz (qui assure 75 % des distances parcourues en 2050) et l’électricité (25 %), tous deux d’origine renouvelable. Associée à une réduction des déplacements de 10% permettrait d’atteindre les objectifs.

Le parc de poids lourds bascule entièrement du pétrole vers le gaz renouvelable, ce qui permettrait de réduire de 40% la
consommation moyenne.

Les énergies renouvelables privilégiées dans le scénario négawatt sont le bois, puis le biogaz (méthanisation des déchets). Cette dernière peut être bénéfique pour la filière agricole en lui permettant d’avoir une source de revenu complémentaire. Enfin, ce gaz vert peut aussi servir aux véhicules.

L’énergie obtenue à partir de l’hydrogène n’est pas inclue dans les hypothèses alternatives, car elle est souvent tirée de l’énergie fossile.

Ce scénario n’est pas particulièrement pro-nucléaire à l’inverse du scénario du Shift Project, et considère que le nucléaire est marqué par un risque trop important, avec un niveau de prix quasiment équivalent  à celui de  l’énergie éolienne ou photovoltaïque.

A noter que l’énergie éolienne avec le niveau d’investissement actuel se matérialisera par 18 000 éoliennes terrestres d’ici 40 ans,  c’est bien moins que le niveau actuel en Allemagne (30000).

L’équilibre énergétique entre production et consommation est rendu possible notamment par le développement du power-to-gas ( = méthanation, à savoir transformation de l’électricité excédentaire en gaz – hydrogène puis méthane). En valorisant les excédents d’électricité renouvelable qui apparaissent dans le scénario à partir de 2030, le power-to-gas rend possible l’estimation d’une division par 6 des gaz à effet de serre d’ici 2050 ainsi que la neutralité carbone.

 

 


Scénario négaWatt 2017-2050 : hypothèses et résultats (49 pages – 904 Ko)

Sur le plan alimentaire, il est fait référence au scénario Afterres 2050, un scénario de transition agricole et alimentaire réalisé par Solagro