Vers une cité végétale / Luc Schuiten

Luc Schuiten, architecte et dessinateur imagine le futur proche de nos villes et campagnes à l’horizon 2100 et suggère des solutions pour les transports publics et individuels de demain. A la croisée de l’écologie et  de la science-fiction, il propose des formes d’habitat archiborescent.

« J’ai commencé à réfléchir à ce que serait l’aboutissement de mon travail d’architecte, si j’avais les moyens techniques et financiers pour réaliser une maison libérée des contraintes techniques de sa construction. J’ai donc entrepris de dessiner des habitations qui sont complètement en phase avec le vivant. Ces études d’habitat nature ont été regroupées sous l’appellation d’habitarbres, car toutes s’articulent autour de l’ossature d’arbres vivants aux formes guidées par des tendeurs, des tuteurs, des tailles et des greffes. »

« Comment retrouver une part de nature dans les centres urbains, constitués presque exclusivement de matériaux minéraux ? J’ai tenté de répondre à cette question par différentes propositions de jardins verticaux, conçus pour les chancres urbains de Bruxelles. 20 ans plus tard, j’ai repris ce même thème. Et j’ai rajouté une difficulté supplémentaire, celle d’y loger des sans-abris. C’est inacceptable de laisser dans les rues des gens, accidentés de la vie, abandonnés à leur triste sort, dans des conditions pénibles et indignes. La ville doit agir avec empathie vis-à-vis de tous ses résidents. Mon atelier d’architecture, a répertorié plus de 300 petits chancres à Bruxelles et a fait de multiples propositions, pour montrer à quel point la ville gagnerait en réhabilitant ces lieux pour y loger des sans-abris. La construction est préfabriquée avec des matériaux biosourcés, principalement du bois, du chanvre, de la chaux et de la paille, les toitures sont végétalisées, tout comme les escaliers extérieurs. Chaque palier est en même temps un petit balcon qui permet à l’ex sans-abri de garder le contact avec la rue et de se retrouver dans un environnement qu’il a connu si longtemps, mais avec un regard inversé. Il a longtemps regardé passer les gens de bas en haut. De son logement, il va regarder la rue de haut en bas. En inversant le regard, on inverse en même temps l’attitude, le comportement, la prestance du nouveau locataire. Une partie de ces projets sont actuellement en étude à Bruxelles. »

Un projet Archi Human à Evere

« J’ai dessiné une pergola à la forme inspirée de mes premiers projets d’habitarbres. Sa structure est constituée de fer à béton soudé envahi par des plantes grimpantes. La nuit, ce lieu de rendez-vous s’éclaire de milliers de petites LED reparties dans le feuillage. Créer dans les espaces urbains des œuvres à l’identité forte pour marquer des points de repère, rendre la ville plus conviviale, mais aussi nous lier émotionnellement à un lieu, devrait être la préoccupation des aménageurs des espaces publics. »

La pergola de la place Fontainas

« L’alternative aux constructions-futurs déchets sont des bâtiments érigés à partir de matériaux renouvelables tels que les structures bois, l’isolation par paille ou chanvre, les toitures végétales ou toits de chaume, les enduits en terre et chaux. Grâce à ces matériaux naturels, les bâtiments sont respirants, tels notre peau. A l’opposé, les bâtiments en béton,  en acier, ou en autre composite, utilisent des matériaux transpirants. Ils conservent l’humidité que nous dégageons et nous imposent d’installer, pour corriger ce défaut majeur, une ventilation mécanique contrôlée. J’imagine, pour un futur biomimétique, une habitation pourvue d’une structure arborescente et refermée par une sorte de cocon, un bio textile. Malgré que nous n’ayons pas actuellement les moyens techniques pour réaliser ces visions prospectives, je peux déjà les projeter par le dessin. Si le plan d’un architecte est une anticipation d’un futur souhaité, dessiner un futur imaginaire, c’est accomplir la toute première étape vers sa réalisation. Le bambou est un matériau de construction magnifique.  Il pousse excessivement vite, en deux ou trois saisons, il a atteint sa taille maximum et peut servir de structure portante à des habitations. On peut le refermer par un bio textile pour confectionner des habitations. »

 

Titre: Vers une cité végétale
Auteur: Schuiten Luc (19..-….)
Édition: Belgique : Wavre, 2010
Nombre de pages: 164
ISBN13: 9782804700539
1 vol. (164 p.) : ill. en noir et en coul. ; 27 cm

J’imagine les villes dans lesquelles j’aimerais vivre (…), une ville côtière, par exemple, aux contours inspirés par les formes des vagues, dont les habitats à l’allure organique seraient dotés de verrières translucides, et dont les structures seraient formées d’arbres vivants (…) un vaste écosystème à l’image de ce que l’on trouve dans les récifs coralliens.