L’alimentation

La récente controverse à propos du menu de la cantine à Lyon est l’occasion de démontrer l’intérêt d’aller au delà des idées reçues.

 

La qualité de l’alimentation est un marqueur social

La part des produits transformés dans la consommation totale diminue avec l’âge, avec le revenu et avec le niveau de diplôme. Source : ONU-La consommation de légumes des ménages français : préparation domestique ou achats de produits transformés  [2010].

Même conclusion pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture notamment, qui publiait INCA3 en juillet 2017, sa troisième étude individuelle nationale des consommations alimentaires.

« Quelle que soit la population considérée (enfants ou adultes), la consommation de fruits augmente avec le niveau d’étude (de l’individu ou de son représentant) alors que celle de BRSA diminue. Une consommation une fois et demie moins élevée de fruits et deux fois plus élevée de BRSA est ainsi constatée chez les individus ayant un niveau d’étude primaire ou collège (ou leur représentant) comparativement à ceux ayant au moins un niveau bac+4. »

« Lorsque la personne de référence du ménage est âgée de 65 à 79 ans, est cadre ou a un niveau d’étude bac+4 ou plus, les critères de qualité des produits (origine, mode de production, signes de qualité ou composition nutritionnelle) sont deux fois plus fréquemment cités, au détriment du prix (-15 à -20 points), que lorsque la personne de référence du ménage est âgée de 18 à 44 ans, est ouvrier, employé ou a un niveau d’étude primaire ou collège. De plus,les premiers privilégient davantage l’approvisionnement via les marchés, circuits courts ou commerces de proximité (+20 points) que les seconds, au détriment des grandes surfaces (-20 points). Par ailleurs, les critères de provenance ou de qualité ainsi que les achats en marchés ou circuits courts sont davantage cités par les ménages vivant dans le Sud alors que ceux vivant dans le Nord tiennent davantage compte du prix et favorisent les grandes surfaces. »

« Dans l’ensemble de la population, la prévalence du surpoids, et plus encore celle de l’obésité, diminuent quand le niveau d’étude augmente. Entre les deux classes extrêmes (niveau d’étude primaire ou collège et niveau d’étude bac+4 ou plus), le taux d’obésité est ainsi divisé par trois chez les enfants et par deux fois et demie chez les adultes. Chez les adultes, et plus particulièrement chez les hommes, une disparité régionale est mise en évidence avec des taux d’obésité plus faibles en Ile-de-France (10%) et dans le Sud-Est (10%), comparativement au Nord-Est(22%). »

« Les disparités selon le sexe apparaissent au moment de l’adolescence et deviennent plus marquées à l’âge adulte. Elles concernent en particulier les consommations alimentaires, plus en adéquation avec les repères alimentaires chez les femmes (privilégiant les volailles, yaourts et fromages blancs, compotes, soupes, jus de fruits et boissons chaudes) que chez les hommes (privilégiant les autres viandes, fromages, entremets et crèmes dessert, charcuterie, sandwichs et pâtisseries salées, BRSA et boissons alcoolisées). A noter également que les femmes sont moins nombreuses que les hommes à consommer des denrées animales crues. Les femmes s’illustrent aussi par une consommation plus importante de compléments alimentaires et une meilleure connaissance des repères alimentaires du PNNS. En revanche, elles pratiquent moins d’activité physique et connaissent moins le repère du PNNS (Programme national nutrition santé ) sur l’activité physique que les hommes.  »

« Les disparités selon l’âge concernent davantage les adultes avec une opposition des jeunes adultes (18-44 ans) et des personnes plus âgées (65-79 ans), traduisant sans doute des effets générationnels. Ainsi, comparativement aux plus jeunes, les personnes de 65 à 79 ans ont des rythmes alimentaires plus réguliers et consomment davantage d’aliments faits maison ou autoproduits et moins de compléments alimentaires et d’aliments transformés, comme les céréales de petit-déjeuner, aliments et boissons sucrés, sandwichs et pâtisseries salées. Ils limitent également davantage les durées de conservation des aliments périssables. Par ailleurs, ils sont moins actifs, mais également moins sédentaires que les jeunes adultes. »

Pour l’étude conduite par Santé Publique France  (Esteban 2014-2016) publiée le 1 Septembre 2018, les résultats mettent également en évidence une appropriation insuffisante des recommandations alimentaires chez les adultes et les enfants vivant en France métropolitaine en 2015 comme en 2006. Alors que la consommation de poisson reste plus fréquente dans les foyers plus aisés, celle de viande, jadis réservée aux catégories favorisées, est désormais plus importante dans le bas de l’échelle sociale.

« De manière générale, les personnes les plus diplômées rendaient compte d’une alimentation plus conforme aux recommandations même si les inégalités sociales semblaient s’être estompées en dix ans. »

« Dans une perspective de santé publique, cette situation montre la nécessité de renforcer les moyens d’intervention pour promouvoir une alimentation saine auprès du plus grande nombre. Les résultats du volet sur les déterminants psychosociaux de la consommation de fruits et légumes ont souligné la nécessité de créer des environnements facilitant les choix favorables à la santé. »